Profil généraliste: une histoire de pluridisciplinarité

Profil généraliste: une histoire de pluridisciplinarité

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le 7 juillet 2017

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Dans son article Why Can’t Startups Find Designers?Sacha Greif écrit :

« If you’re looking for a designer who can come up with your identity, design your site, create UIs with great user experience for your web and mobile apps, and on top of that code his or her work in HTML/CSS(and why not throw in Javascript in the mix!), then I’m sorry to inform you that you’re hunting unicorns. »

L’appellation « unicorn designer » n’est pas nouvelle : elle nomme un designer doué dans beaucoup de domaines. Si l’on parcourt quelques sites d’offre d’emplois on constate rapidement que les entreprises cherchent des designers capables de faire à la fois des interfaces, de la recherche, du code, de la gestion de projet, mais aussi du relationnel client, de la formation, du SEO, de l’optimisation, de l’analyse de data et « petit plus »: savoir faire du bon café. Pour S. Greif, ce type de profil n’existe pas. Un designer doit choisir entre exceller dans un domaine ou être médiocre dans plusieurs.

Ce point de vue me semble un peu trop partial. Plus concrètement, je pense que les arguments avancés pour prouver l’inexistence des « unicorn designer » résultent de nombreuses fausses idées sur la définition et le process d’apprentissage. Aujourd’hui il me semble nécessaire de démystifier cette croyance qui veut que la spécialisation soit la seule et unique voie vers l’excellence.

Les compétences ne sont pas mutuellement exclusives

Soyons pragmatiques, les compétences ne sont pas mutuellement exclusives. Apprendre le Javascript ne vous fera pas oublier comment créer un gabarit de mise en page. Bien au contraire la combinaison de connaissances n’est pas linéaire, si vous associez 2 connaissances vous en créez une troisième. Le SXO (search experience optimisation), par exemple, est l’alliance du SEO et de l’UX. Vous avez surement d’autres exemples en tête…

Mon argument pivot est que chaque apprentissage a un coût d’opportunité. Apprendre le Javascript coûte du temps, un temps qui devrait plutôt être utilisé à étudier les problématiques auxquelles nous sommes confrontés lors d’un projet… C’est ce que recommandent les manuels de management produit. En théorie, je suis d’accord avec ce point, mais en pratique, la plupart des designers que je connais n’apprennent pas de façon optimale. J’entends par là que nous passons la majeure partie de notre temps à résoudre les mêmes problèmatiques, encore et encore, limitant intrinsèquement le développement de nos compétences et de nos connaissances.

Néanmoins, si vous apprenez à votre ratio maximal, l’argument du coût d’opportunité penche toujours en faveur d’une approche pluridisciplinaire. Le design et ses composantes sont comme toutes autres compétences de production : il est toujours possible de développer l’une de ces composantes, approchant de la maîtrise absolue de manière asymptote. Mais il s’agit d’un process de plus en plus long et avec un retour de plus en plus faible.

 

Préféreriez-vous améliorer votre technique de fabrication d’une porte de 2 % par rapport à l’an passé, ou apprendre à construire le reste de la maison sur la même période de temps ?

Je pense que les analogies et les répercussions entre compétences ont plus de valeurs qu’un simple gain incrémental dans un seul domaine.

Attention, gardez à l’esprit que tout ceci est une question de priorités. Que voulez vous apprendre maintenant ? Là ? Tout de suite ? Vous aurez du temps plus tard pour fabriquer une meilleure porte et en plus vous aurez une somme de compétences qui pourra vous aider à améliorer votre technique.

 

Le design est déjà la somme de plusieurs compétences

La théorie qui veut qu’on ne puisse pas être bon dans plus d’un domaine est naïve. La plupart des domaines comprennent eux-mêmes différentes granularités de compétences. La typographie, par exemple, regroupe le crénage, la chasse, l’interlettrage, la lisibilité. Mais la typographie elle-même n’est qu’une composante du design graphique qui est lui-même un regroupement de compétences, comme la théorie des couleurs, la mise en page et bien d’autres.

Bien sûr, toutes ces choses sont différentes, dans leur utilité et dans leur fonction à faire partie d’un système holistique où elles fonctionnent ensemble pour accomplir une tâche et ce, peu importe le niveau de granularité.

Chacun de nous est donc déjà compétent dans plusieurs disciplines. Pourquoi alors, ne serait il pas possible de progresser dans d’autres domaines ?

Pas besoin d’être bon en tout pour de belles réalisations

Le fait de développer de nouvelles compétences n’est pas un atout purement personnel. Nous apprenons pour faire, et c’est la qualité de nos productions qui sert de mesure à notre effort.

Quand les gens entendent « Les designers devraient apprendre à coder », bien souvent nous l’interprétons comme « les designer devraient être aussi doués que des développeurs à plein temps ».

Personnellement je l’interprète comme : il est important de connaître les possibilités et les limites pour créer. Comprendre pourquoi c’est impossible et comment cela fonctionne. Cette compréhension réduit alors le nombre d’aller-retour et permet de construire un projet pertinent et plus facile à produire.

Dans le cas du design d’expérience utilisateur, il est nécessaire de se renseigner sur le comportement des utilisateurs et donc de savoir tirer un maximum d’informations des outils d’analytics. Il faut vérifier la pertinence du contenu ou des informations et donc l’architecture de la base de données ou du modèle d’information produit. Lors de la création des parcours, il faut réfléchir aux accès et donc au SEO. Lors du travail sur les interactions il faut savoir quelles sont les limites de la technologie utilisée. Bref de nombreux domaines s’entrelacent.

Il n’est pas nécessaire d’être doué dans chacun de ces domaines, loin de là. Mais avoir les bases dans chacun de ces domaines permet de rendre un travail plus pertinent et plus facile à appréhender pour nos clients et nos collaborateurs.

Un process unifié favorise un meilleur rendu

Si on accepte cette vision holistique, le design devient alors une simple partie d’un effort bien plus important. Les travaux de design qui n’ont jamais dépassé la phase de maquette ne sont pas réels. Le design n’est rien sans l’implémentation.

Le process de développement de produit, de site, doit s’assurer de conserver cette vision globale. Nous travaillons tous dans un même but, sortir ce produit, ce site. Une meilleure implémentation révélera au mieux les intentions d’un designer, et un meilleur design reflétera au mieux le but d’un produit. C’est le fil rouge qui lie chaque étape : le produit doit refléter une vision unique, avoir une explication cohérente de pourquoi il sera un succès.
Conserver ce fil rouge prévaut sur tout point de vue individuel et sur toute considération politique émanant d’une expertise(design, développement, marketing…).

C’est grâce à cette dynamique que des produits créés par de petites équipes multidisciplinaires rencontrent autant de succès malgré les nombreuses contraintes auxquelles elles doivent faire face. Une petite équipe aura plus de facilité à s’aligner sur un même objectif, d’autant plus si le designer et le développeur partagent le même langage. Le designer aura ainsi adapté sa création à la technologie qu’utilise le développeur et ce dernier aura une attention particulière aux espacements, à la typo et à la charte.

Ce système implique que nous admettions que nous ne sommes plus face à des process linéaires. Le design et le développement doivent s’alimenter l’un l’autre de manière égale. Bien souvent le développement révèle des lacunes dans le design : états et conditions non documentés ou non prévus, mauvaises hypothèses sur l’utilisation et bien d’autres faits qu’il est difficile de prévoir quand un projet est encore enfermé dans Photoshop. Un designer qui participe lui-même à l’implémentation de son travail fait directement l’expérience de ces boucles et peut tout de suite faire les changements appropriés dans un environnement proche du contexte final.

 

La pluridisciplinarité n’est pas là pour qu’un designer endosse le rôle de développeur ou de chef de projet.

Elle doit être développée pour fluidifier les échanges et permettre d’optimiser notre travail et nos process. Promouvoir la pluridisciplinarité, c’est permettre une meilleure communication et favoriser la vision commune d’un projet. Ainsi un projet n’est plus une suite de mini-projets difficiles à rattacher ensemble et réalisés par une multitude d’expertises.

Un projet devient “un tout” solidement maillé, construit par une équipe de généralistes partageant un objectif commun.

Vous pouvez retrouver cette article sur Medium 

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